Adieu voiture : se déplacer à vélo avec enfants, expériences croisées

Siège enfant avant ou arrière, intégré ou optionnel, tandem deux et trois places, vélo cargo (bi ou triporteur), follow-me, remorque une ou deux places… : il existe une multitude de possibilité pour se déplacer à vélo avec enfants. Voilà plusieurs années que Géraldine, du blog Chasseur de bisous, et moi-même avons fait le choix d’abandonner la voiture pour nous déplacer quasi exclusivement en vélo avec nos enfants, été comme hiver. Dans cet article rédigé à quatre mains, nous vous proposons un retour de nos expériences avec un vélo cargo triporteur et un vélo muni d’une remorque deux places : à vélo avec ses enfants, avantages et inconvénients dans la capitale bruxelloise.

Pourquoi se déplacer en vélo avec ses enfants ?

Géraldine :

 » Pour ma part, cela serait plutôt « Pourquoi pas ? » J’avais envie depuis longtemps de lâcher ma voiture. Nous en avions deux. Deux de trop à mon sens. J’ai pourtant mis très longtemps à la vendre, tellement longtemps que je l’ai d’abord partagée. J’avais peur, à l’époque, j’avais 35 et depuis mes 18 ans, je me déplaçais uniquement en voiture. Oui oui, j’avais peur de ne pas arriver à me déplacer suffisamment facilement, rapidement, confortablement pour pouvoir continuer mes activités de l’époque (travail, bénévolat, loisirs, courses…), surtout qu’il était question de bébé… Là, c’est l’entourage qui met la pression : « Et comment tu vas faire ? Et si tu dois aller à l’hôpital en urgence ? Quand même avec un bébé la voiture, c’est ce qu’il y a de plus pratique ! »Bref, j’ai hésité et j’ai cherché très longtemps. Je savais que je voulais me débarrasser d’au moins une voiture (et vrai, j’aimerais bien revendre l’autre aussi ; message à Monsieur puisqu’il en est le propriétaire lol), même si ce changement me faisait peur mais surtout, ce que je savais, c’est que je ne voulais pas passer mon temps dans les transports en communs, surtout si on envisageait de fonder une famille. Mon pire cauchemar : les transports en commun avec une poussette. Et tout faire à pied n’était pas une option non plus. J’ai cherché tellement longtemps que bébé avait 19 mois quand j’ai acquis mon super bakfiets (terme hollandais pour le vélo cargo) à assistance électrique. La solution idéale pour moi ! Je me déplace essentiellement avec mon bakfiets et j’adore ça. Se déplacer en vélo électrique te donne de l’énergie, la pêche, la banane ! Toute l’énergie que tu dépenses en pédalant, tu la récupères en dopamine, l’hormone du plaisir ! Et oui, en plus, la dopamine augmente l’état de vigilance, bref, si tu n’as jamais fait de vélo, tu crois que tu vas être mou et fatigué d’emmener tes enfants tôt le matin à l’école en vélo et dans la réalité, c’est tout le contraire ! Si si !! Et pour mon fils ? Soyons honnête, lui préfèrerait se déplacer uniquement en tram, bus ou voiture. Et oui, il est fan de machines, engins et véhicules en tout genre mais le vélo est loin derrière sur la liste. Toutefois, moi, j’ai vraiment besoin de lui montrer qu’il existe autre chose que la voiture. Et surtout, je remarque qu’il est réellement plus serein après un déplacement en bakfiets qu’après un déplacement en voiture ou en transport en commun. »

Alice :

« Ma principale motivation pour vendre ma voiture était écolo. Elle était suivie de très près par l’avantage financier, puisque j’allais changer de métier et gagner un salaire presque réduit de moitié pour pouvoir dégager du temps pour les enfants (les assurances et les taxes en Belgique étant ce qu’elles sont, j’ai estimé les coûts de ma voiture à environ 4000 euros / an, avec un amortissement du véhicule sur dix ans, soit trois mois de mon nouveau salaire). L’idée était que je me déplace en transports en commun et que mon mari utilise le vélo électrique de compèt’ acheté avec la revente de la voiture. Très rapidement, j’ai tellement pris goût au vélo que je n’ai plus du tout eu envie de me déplacer en transports en commun. Moins d’un an plus tard, nous avons donc investi dans un deuxième vélo électrique. Pour les enfants, nous avons opté pour une remorque deux places Thule : j’ai longuement désiré acheter un biporteur, qui m’aurait permis de transporter des enfants plus grands, mais ce n’est pas une option possible pour nous car les enfants arrivent à l’école le matin avec leur papa et c’est moi qui me charge de les récupérer l’après-midi (la remorque reste donc sur place à l’école). Très honnêtement, jamais je n’aurais cru prendre autant de plaisir à me déplacer en vélo en ville : beau temps ou mauvais temps, je ne suis jamais tentée de prendre les transports en commun (ça doit être l’effet de la dopamine dont parle Géraldine) ; même quand des amis me proposent de partager un taxi pour une soirée, je préfère mon vélo pour conserver mon indépendance. Bonus : je ne suis plus jamais ennuyée en rentrant seule le soir ! Comme nous avons choisi une école assez loin de chez nous, cela représente au minimum une heure de déplacement par jour pour moi, que je fais toujours avec plaisir ! Pourquoi ? Bruxelles est devenu une ville impraticable en terme de mobilité : en voiture – et même en bus -, on n’avance pas ! La tension des automobilistes est d’ailleurs énorme. Seuls les trams et les métros qui circulent en site propre s’avèrent relativement efficaces, mais je déteste prendre les transports en commun avec les enfants aux heures de pointe : serrés à hauteur de fesses inconnues, bousculés par les adultes quand ceux-ci n’ont pas l’idée saugrenue de leur toucher les cheveux… je trouve qu’ils ne sont souvent pas à leur place. De plus, en cas de problème sur les voies, c’est rapidement la panique quand on se déplace avec deux jeunes enfants (qu’il faut porter jusqu’à un autre arrêt…) : j’en ai trop de mauvais souvenirs. A vélo, on arrive très exactement à la destination souhaitée, il n’y a presque pas d’embouteillages (ce qui fait que le vélo est en journée plus rapide que la voiture à Bruxelles), pas de souci de parking, pas de correspondance en retard. Le bonheur ! »

Choisir un vélo cargo

Géraldine :

« D’abord, j’ai envie de rassurer : avec l’assistance électrique, le vélo cargo (bi- ou triporteur) est réellement accessible à tous, y compris les « pas du tout »  sportifs comme moi. Ce qui a orienté mon choix pour un vélo cargo triporteur : la stabilité du vélo. Au feu rouge, je peux descendre facilement du vélo en mettant le frein à main pour aller voir mon fils, lui donner sa gourde, lui enlever son pull… tandis qu’avec un biporteur, j’aurais dû mettre le cale-pied ce qui n’est, selon moi, pas toujours très aisé. J’apprécie aussi la très grande capacité du bac de ce vélo. De nouveaux modèles arrivent sur le marchés plus compact mais fatalement aussi avec moins de place dans le bac. Je peux y mettre mon fils, son vélo, son cartable, les courses, je peux transporter des petits meubles, des valises… Et parfois même Papa ET le fiston en même temps dans le bac. Contrairement à beaucoup de triporteurs, le mien à des roues qui tournent indépendamment du bac et donc le guidon reste toujours proche de moi, ce qui augmente le sentiment de sécurité. Avoir le bac devant moi me permet également d’avoir une bonne visibilité, pour franchir les passages étroits avec sérénité.


Je crois aussi qu’il est important de mettre en évidence les inconvénients de mon choix. Point de vue encombrement, avec ses 93cm de large, on est parfois bloqué dans les files, comme les voitures … et il n’est pas toujours facile de trouver une place de parking qui ne gêne pas la circulation piétonne. J’ai aussi besoin d’un lieu de garage sécurisé pour la nuit. Il est également impossible avec le triporteur de monter les grosses bordures (de trottoir quand tu veux garer ton vélo, mais je pense surtout au site propre des trams sur lesquels il faut monter quand une voiture en double fils bloque la voie de circulation) et difficile de les descendre sans taper le bac. Comparé à un vélo normal, la vitesse est limitée pour éviter qu’une roue ne se lève et la distance de freinage est plus grande qu’un vélo classique.

Choisir le combo vélo électrique + remorque

Alice

« Mon choix était motivé par la nécessité de pouvoir accrocher la remorque aussi bien sur mon vélo électrique que sur celui de mon mari. J’ai été très rassurée de constater combien la remorque a une bonne stabilité sur la route ; lors de mon accident en septembre 2017 par exemple, la remorque est restée parfaitement droite tandis que mon vélo se couchait sur la route (les enfants ne se sont réveillés qu’une fois complètement à l’arrêt, alertés par les passants qui accourraient). Toutefois, cette solution n’est possible que jusqu’à ce que les enfants atteignent une certaine taille : les miens commencent à être sérieusement à l’étroit en hiver, avec leurs gros manteaux. Enfin, si je ne renoncerais jamais aux sentiments de liberté et de joie que me procurent au quotidien mes déplacements à vélo, je reconnais volontiers que c’est une pratique qui reste dangereuse à Bruxelles : le vélo souffre d’un défaut de légitimité sur la route (des études étrangères démontrent qu’une grande majorité des automobilistes estiment qu’ils sont davantage en droit que les cyclistes de circuler sur la route) et, à Bruxelles, les infrastructures réservées aux vélos sont très largement insuffisantes voire inexistantes. Je suis donc extrêmement vigilante quand je circule, et je déplore que la ville ne mette pas plus rapidement des solutions en place pour protéger les cyclistes, qui sont des plus en plus nombreux sur les routes de la capitale belge.

Avantages et inconvénients du vélo en ville avec des enfants…

Les avantages, en bref…

  • Impact énergétique réduit
  • Faible coût financier
  • Exercice physique quotidien
  • Indépendance
  • Vitesse de déplacement accrue en contexte urbain
  • Flexibilité des horaires
  • Flexibilité des lieux de départ et d’arrivée
  • Flexibilité du parking

Les inconvénients, en bref…

  • Dramatique manque d’infrastructures pour vélo à Bruxelles
  • Vulnérabilité en cas d’accident
  • Nécessité d’avoir un lieu de stockage durant la nuit et en cas d’absences longues

Liens utiles

  • Gracq, asbl pour une pratique du vélo plus sûre et plus agréable à Bruxelles et en Wallonie
  • Pro Velo, asbl de soutien et de formations pour les cyclistes ; voir notamment la rubrique « Faire du vélo en famille » avec ses conseils sur les différentes techniques de transport d’enfants
  • La page Facebook de Bruxsel’ air, une initiative citoyenne mobilisée pour une meilleure qualité de l’air à Bruxelles

Un commentaire sur “Adieu voiture : se déplacer à vélo avec enfants, expériences croisées

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *