Pourquoi les jeux d’imagination et les jeux « libres » sont-ils essentiels ?

Imaginer est une compétence vitale de l’humain ; elle n’est pas réservée aux « créatifs ». De la capacité à imaginer dépendent des compétences exécutives essentielles, comme identifier un objectif, organiser et mener à bien les étapes pour accomplir celui-ci et mobiliser pour ce faire une concentration de longue durée. Mais aussi faire face à l’échec, acquérir la capacité de réévaluer le chemin parcouru et chercher une alternative. À cela s’ajoutent des tas de compétences sociales lorsque l’activité est menée en groupe. Ne prête donc pas attention au discrédit dont souffrent aujourd’hui le jeu et tout ce qui touche à l’imaginaire : le jeu libre est bien une activité de la plus haute importance.

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Les conditions propices au développement des jeux d’imagination

Pour que l’imagination trouve l’espace pour se développer, il n’en faut pas trop : pas trop de sollicitation ou de participation de l’adulte, pas trop d’activités dirigées, pas trop de jeux ou de matériel (et forcément, pas d’écran). Peu de matériel donc, mais sensoriellement intéressant (du matériel qu’on puisse investir avec les 5 sens) et – surtout – « ouvert » (c’est-à-dire dont le maniement n’est pas fixé à l’avance).

Et il faut du temps, beaucoup de temps. Il n’est pas dit qu’un enfant accède rapidement au jeu libre, d’autant plus s’il a par le passé été beaucoup stimulé par des propositions dirigées (jouets à piles ou jouets type action = réaction – l’enfant pousse sur un bouton et une lumière ou un son s’allume, par exemple -, bricolage avec production finale définie par l’adulte, etc.). J’aime la comparaison de l’imagination à un muscle qui, tout comme la mémoire, a besoin d’entraînement pour s’épanouir. Autrement dit, en tant qu’adulte, on n’en fait pas trop et on veille à la qualité de l’environnement de l’enfant. En collectivité, on privilégie des contextes qui favorisent le jeu libre (type forest school, écoles Steiner, Reggio ou démocratiques, etc.). Si l’enfant est scolarisé dans un contexte qui propose peu ou pas de jeu libre, on s’assure qu’il dispose de temps pour imaginer l’après-midi et le week-end.

Si la course aux activités ne t’intéresse plus et que tu as envie de ralentir le rythme, je te conseille le beau livre Slow* d’Isabelle Huiban, à propos duquel j’avais déjà écrit une petite chronique par ici.

Nos plus beaux jeux d’imagination

Du coup, que proposer comme matériel pour favoriser le jeu libre ? En vérité, très peu de choses. Les « loose parts », ces petits riens issus de la nature ou du quotidien, ont ici la belle vie : à l’enfant de se les approprier comme il l’entend. La collecte de châtaignes de l’automne dernier, un panier de bouchons en liège ou la collection de boutons héritée de la grande-tante feront amplement l’affaire. Toutefois, comme je sais que beaucoup de lecteurs traquent dans mes articles de quoi étayer les listes d’anniversaire et que je milite activement pour le droit des parents à sélectionner des jouets qui leur font envie à eux aussi, voici quelques idées de belle qualité…

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  • La ferme en bois et les figurines d’animaux. Grand classique. Les nôtres viennent essentiellement des marques Ostheimer et de l’Atelier des peupliers (j’ai aussi écrit ici un article sur les figurines d’animaux en bois). La ferme que nous possédons est d’une marque allemande qui n’existe plus. Celle d’Ostheimer est très belle également. Remarque : si ton enfant n’est pas très branché animaux, il existe également de formidables châteaux-forts.
  • Les véhicules en bois Fagus*. Je pourrais faire l’éloge de cette marque. Cet ensemble Jeep* / remorque à chevaux* reçu à la dernière Saint-Nicolas est un succès : le bois est d’excellente qualité, la construction est belle et ingénieuse, l’ensemble très solide. Le toit de la remorque s’enlève pour devenir, selon mes enfants, un bateau, l’arrière du van s’abaisse, la Jeep possède un jerrican d’essence et un trou pour figurer la trappe à essence (je précise, sous l’influence de mon aîné). Un point bonus pour la Jeep* qui est munie d’une poignée en guise de pare-brise, permettant de diriger l’engin : les enfants font des courses folles dans tout l’appart.
  • L’arc-en-ciel Grimm’s. Faut-il encore le présenter ? Reçu pour le premier anniversaire de Django, il a mis du temps à servir. Comme il est fort joli sur nos étagères, nous n’étions pas pressés. Désormais, il se décline en une multitude d’autres couleurs. Toutefois, nous n’avons plus grand chose d’autres de cette marque : j’en parlerai une autre fois, mais les jeux de construction nécessitent beaucoup de blocs identiques et l’investissement en Grimm’s serait trop élevé pour nous. Mieux vaut miser sur les célèbres Kapla, par exemple.
  • Le tapis de jeu en laine et des foulards. Le tapis a été confectionné pour June par Alice de la boutique Au son des grillons ; c’est une merveille et June a été très sensible à ce cadeau, elle le traîne partout avec elle. Quant aux foulards, on en trouve si facilement ; les enfants n’en ont jamais assez pour construire leurs cabanes, border leurs poupées ou figurer un plan d’eau. Des pinces en bois sont un parfait complément.
  • Les « loose parts ». Les petits bonhommes en bois et les jolis galets colorés viennent de la marque Grapat. Nous les avons reçus récemment et je suis heureuse de constater la beauté du bois et des couleurs utilisées. Grapat a imaginé toute une collection de loose parts plus jolis les uns que les autres ; leurs sets arrivent dans une boîte en carton ficelée, avec un petit mot expliquant qu’en ce qui concerne les règles, il n’y en a tout simplement pas : l’enfant trouvera ! Nous avons beaucoup d’autres loose parts à la maison. Sur la photo, on aperçoit des petits morceaux de bois, quelques cailloux, des billes plates*, des boules en laine et un panier rempli de cristaux récupérés sur un vieux lustre. Il y a aussi les petits sacs en tissu que j’avais cousus pour Django lorsqu’il était bébé (de ce type). Comme quoi, tout peut (re)servir ! Et pour moi qui peine toujours à inventer des histoires avec les bonhommes ou les animaux, les loose parts m’offrent une parfaite opportunité pour m’occuper les mains lorsque je suis conviée à jouer avec les enfants.
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Dans cet article, je parle à la fois de jeu d’imagination et de jeu libre ; c’est que je voulais parler du formidable pouvoir de l’imagination, en insistant sur les vertus du jeu libre ! Bien entendu, le jeu libre n’est pas exclusivement jeu d’imagination : jeu d’imitation ou jeu de construction s’y prêtent par exemple très bien aussi. Ce sera peut-être l’objet d’un prochain article. L’ensemble de cette réflexion me vient de mes lectures sur la pédagogie Steiner, l’approche Reggio, les apprentissages autonomes, ainsi que de l’observation de mes enfants.

6 commentaires sur “Pourquoi les jeux d’imagination et les jeux « libres » sont-ils essentiels ?

  1. Pareil ici. Les activités du samedi ou mercredi après-midi attendront, pour le moment je remarque vraiment ce besoin de temps libre et de vagabondage de l’esprit. Ma maman fait de la vannerie, et c’est leur paradis: des batons de toute tailles dans le salon, des ficelles, des secateurs…

  2. Bonjour, merci pour cet article et ces bonnes idées, encore une fois ! est ce que le jeu libre se propose à n’importe quel âge ? (ma fille de 2 ans n’est pas trop emballée pour le moment par mes propositions). de plus, avez vous un tuyau pour trouver les très jolis jouets Fagus, autre qu’amazon ? je n’achète jamais chez eux. (mais c’est difficile de trouver des alternatives) Merci !

    1. Bonjour ! Vous avez tout à fait raison de ne pas acheter sur le géant A bien entendu. Je vous conseille alors de vous tourner vers les boutiques allemandes. Personnellement, je commande Fagus sur la boutique echtkind.de http://www.echtkind.de/ mais il y en a sûrement d’autres. Quant au jeu libre, il se pratique en fait dès la naissance. Le jeu d’imagination lui commence plutôt aux alentours de trois ans. A deux ans, une petite poupée molle, un ou deux jouets qui roulent et quelques paniers remplis de matériaux de divers textures (bois, métal, tissu…) devraient faire son bonheur. Quelques blocs aussi, car elle aura peut-être envie d’expérimenter ses premiers jeux de construction (généralement, soit une « route » – quelques blocs type kapla rangés les uns à la suite des autres – ou une « tour »). Une draisienne ou un tricycle est également une bonne idée, et beaucoup de temps dehors. Si vous voulez intervenir autrement qu’en observant, vous pouvez bien sûr lire des livres, jouer des petites scènes avec des marionnettes ou des figurines en bois, chanter ou raconter des petites comptines (avec les doigts ou des gestes simples et précis). Mais j’écris, j’écris, et je suis certaine que vous avez déjà eu la plupart de ces idées ! Beaucoup de plaisir ensemble ! 🙂

  3. On le vérifie tous les jours ici … bon, c’est souvent avec des Playmobil, des petites voiture ou des animaux Schleich … mais à 5 ans, l’école lui « impose » (oui c’est encore tout relatif mais pour lui, c’est tout vu) des activités de bricolage, dessin, jeux de société, cuisine, puzzle … à trop haute dose. Bien que j’en suis certaine beaucoup moins que dans la majorité des écoles. Chant en groupe et sport, ça passe toujours bien. Bref, s’il n’a pas au moins une demi-heure de jeu libre avant l’école et du jeux libre en rentrant, c’est la crise. Moi qui revait à une époque de plateau Montessori, même pas en rêve . C’est un vrai besoin qu’il a et d’ailleurs, il commence à se plaindre (dernière année de maternelle) qu’il n’a plus assez de temps pour jouer à l’école parce qu’il doit toujours travailler … Ca promet pour l’année prochaine. La rentrée en première primaire risque d’être sport.

    1. Oui, effectivement. Pour moi, ce fut une vraie prise de conscience aussi au contact de l’école. Aujourd’hui, mes deux têtes blondes se sont retrouvées après deux jours de séparation (la petite était chez ses grands-parents) : ils m’ont gentiment envoyée paître pour pouvoir se consacrer à leurs jeux libres à deux. Et surtout que je ne m’en mêle pas…

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